Nouveau président FFB : l'IA, levier concret pour les PME BTP
Frédéric Carré prend la tête de la FFB avec une conviction forte : "La construction est le remède aux maux de la France." Il a raison. Mais 60 000 emplois détruits en deux ans et une pénurie de main-d'œuvre persistante posent la vraie question : comment produire plus avec les équipes disponibles ?

Nouveau président FFB : l'IA, levier concret pour les PME BTP
Frédéric Carré prend officiellement la présidence de la Fédération française du bâtiment ce vendredi 19 juin 2026. Sa phrase de campagne : "La construction est le remède aux maux de la France." Il a dit ça avec conviction à Batiactu. Et il a raison (source : Batiactu, 19 juin 2026).
La construction, ça crée des logements. Ça rénove des bâtiments. Ça emploie. Ça forme des jeunes. C'est concret, utile, ancré dans chaque territoire. Pas de délocalisations possibles. Pas de "on fera ça en Asie". Le chantier reste là où le bâtiment est.
Mais voilà ce qui m'a arrêté dans l'interview de Carré.
Il évoque 60 000 emplois détruits dans le BTP sur ces deux dernières années. Et dans la phrase d'après : le secteur est toujours en recherche de main-d'œuvre. Ces deux réalités coexistent. 60 000 emplois perdus. Et encore trop peu de bras pour les chantiers.
Ça mérite qu'on s'y arrête. Parce que ça dit quelque chose d'important sur ce qu'il faut vraiment changer.
60 000 emplois perdus. Et toujours en pénurie. Comment c'est possible ?
Ça paraît contradictoire. Ce ne l'est pas.
Une partie des 60 000 emplois détruits, c'est le résultat de la baisse d'activité. Moins de chantiers, moins d'équipes. C'est mécanique. Mais la pénurie persiste parce que les profils qualifiés ne sont pas remplaçables par des débutants. Un couvreur expérimenté, ça se forme en des années. Pas en quelques semaines. Et une grande partie des départs sont liés à l'usure, aux conditions de travail, au manque de perspectives.
L'autre partie du problème, c'est moins visible. Beaucoup d'heures disponibles dans les PME BTP sont absorbées par des tâches qui ne sont pas du chantier. Relancer des devis manuellement. Ressaisir des données d'une application dans une autre. Préparer les documents de fin de chantier le soir en rentrant. Chercher un plan dans un dossier partagé désorganisé.
Ces heures-là ne construisent rien. Et elles représentent, selon les structures, plusieurs heures par semaine et par collaborateur.
Quand Carré parle de redonner de l'activité à la filière, il a raison sur l'ambition. Mais l'activité retrouvée ne servira à rien si les équipes disponibles sont à moitié occupées à faire de l'administratif à la place de construire.
Ce que la productivité a à voir avec le remède
Je ne parle pas de productivité au sens managérial du terme. Je parle d'une réalité très concrète.
Combien de devis sont perdus faute de relance systématique ? Combien de chantiers glissent parce que le planning a été mis à jour une fois, à la main, et que personne n'a prévenu ? Combien d'heures se passent à chercher un document que tout le monde a vu mais que personne ne retrouve ?
Ces questions n'ont pas de réponse glamour. Mais elles ont une réponse opérationnelle.
J'ai vu des PME BTP de 15 personnes récupérer plusieurs heures par semaine sur ces tâches-là. Pas en embauchant. Pas en rachetant un logiciel coûteux. En structurant les processus qu'elles avaient déjà, et en automatisant les étapes répétitives avec l'IA.
La relance automatique de devis non répondus. Le compte-rendu de chantier généré par dictée vocale en deux minutes. L'alerte automatique quand un planning dérape. Ces outils existent. Ils fonctionnent. Et ils libèrent des heures réelles, pas des heures sur un tableau PowerPoint.
Ce que Carré a raison de vouloir, et ce que les PME peuvent faire maintenant
Le nouveau président FFB va se battre pour l'activité. C'est son rôle. Il va parler de logement neuf, de rénovation, de commande publique. Il va pousser les décideurs à investir dans la filière. C'est nécessaire.
Mais lui, il joue à l'échelle nationale. Vous, vous jouez à l'échelle de votre entreprise.
Et à cette échelle-là, vous n'avez pas besoin d'attendre que la politique du logement se rétablisse pour commencer à être plus efficaces. Vous pouvez décider cette semaine de récupérer deux heures par chantier. De ne plus perdre de devis faute de relance. De donner à votre conducteur de travaux un outil qui lui évite de ressaisir des données le vendredi soir.
C'est ça, la productivité dans le BTP. Pas une théorie de management. Une heure récupérée ici, une autre là, qui finissent par faire une journée par semaine sur le terrain.
La question que Carré pose sans le dire
Je ne suis pas en train de critiquer Frédéric Carré. Sa prise de parole est exactement ce qu'on attendait. Du sens, de l'ambition, et une vision claire du rôle de la filière.
Mais derrière son slogan, il y a une question que les PME BTP doivent se poser elles-mêmes. Si la construction doit être le remède, est-ce que votre entreprise est organisée pour tenir ce rôle-là ?
60 000 emplois détruits. Pénurie persistante. Contraintes qui se resserrent sur les artisans. Dans ce contexte, les entreprises qui vont bien ne sont pas forcément celles qui ont les meilleures marges de départ. Ce sont celles dont les équipes passent leur temps à construire, pas à gérer de l'administratif.
La construction peut être un remède. Les PME BTP qui automatisent ce qui peut l'être vont simplement avoir plus d'énergie pour construire.
Et ça, personne d'autre ne peut le décider à votre place.
Source
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